Des caractéristiques de la douance (3)

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Note: Cet article est le troisième d'une série de 5 sur la douance intellectuelle


Introduction

Biologie du cerveau

Précocité développementale

Dyssynchronies

Références


Introduction

Je ne présenterais pas toutes les caractéristiques associées à la douance, la liste peut être longue! D’autres caractéristiques feront l’objet d’articles séparés.

Si vous avez lu l’article La douance intellectuelle, qu’est-ce que c’est?, vous ne serez pas étonnés de savoir que cette liste de caractéristiques ne fait pas l’unanimité chez les auteurs. En effet, l’absence de consensus, que ce soit sur les termes pour désigner la douance intellectuelle ou sur une définition de celle-ci, apporte confusion et pourrait expliquer pourquoi il existe encore de nombreux mythes sur le sujet.

Source image Pixabay


Caron et ses collaboratrices expliquent très bien ce qui pourrait causer l’existence de ces mythes : le biais d’échantillonnage. Ce biais d’échantillonnage consiste, sommairement, à effectuer des recherches avec un groupe de participants (l’échantillon) qui ne représentent pas l’ensemble de la population et d’en tirer des conclusions et des généralisations.


Pour chacune des caractéristiques présentées, nous verrons si c’est plus un mythe ou une réalité. Nous verrons que les réponses à ces questions sont très souvent nuancées et diffèrent selon plusieurs paramètres, comme le profil cognitif, la personnalité…

Voici néanmoins une liste non exhaustive de caractéristiques de la douance intellectuelle, telles que lues dans la littérature sur le sujet :

  • Curiosité et abstraction

  • Pensée rapide et arborescente

  • Créativité et imagination

  • Énergie mentale et physique

  • Rêverie et inattention

  • Attention sélective et engagement

Dans cet article, nous nous attarderons sur la biologie du cerveau, la précocité du développement et les dyssynchronies développementales.


Biologie du cerveau

Les personnes douées présentent des différences neurophysiologiques, comme un taux de myéline plus élevé que la moyenne et un plus grand nombre de connexions et d'activités entre les neurones (Bélanger, 2018). La myéline est une substance blanche qu’on retrouve dans le cerveau ; sa quantité est liée à la rapidité de la conduction nerveuse, donc des capacités cognitives. Ceci implique une plus grande vitesse de traitement de l’information et une mémoire plus efficace. Ainsi, sans être différent des autres cerveaux, les cerveaux des personnes douées sont plus efficaces et plus rapides.


Cela place la douance intellectuelle dans la catégorie de la neuroatypie, ou neurodivergence, soit un fonctionnement cognitif qui diffère de la norme. Notons que la neuroatypie représente près de 20% de la population ! Les principaux profils de la neurodiversité sont l’autisme, le TDAH, la douance, les dys (ou troubles d’apprentissage, dyslexie…), le syndrome de Gilles de la Tourette et… la neurotypicalité (soit un fonctionnement dans la norme) ! En effet, la neurodiversité est l’ensemble des fonctionnements cognitifs et un cerveau neurotypique fait donc partie de cet ensemble.


Précocité développementale

La précocité développementale dans certains domaines des enfants doués est une rare exception qui fait l’unanimité chez les spécialistes. Les principales sphères de développement précoce sont :

  • l’acquisition du langage (par exemple, parlé « comme un adulte » à 2 ans)

  • l’acquisition motrice (par exemple, l’acquisition de la marche à 9 mois)

Le développement de la conscience morale ou du sens moral est lui aussi précoce chez les enfants doués et atteint parfois très tôt des niveaux que certains adultes n’atteindront jamais. Cela peut créer chez les jeunes de grands sentiments d’injustice et des difficultés relationnelles avec leurs pairs du même âge qui eux n’ont pas encore atteint le même niveau de développement du sens moral. Parfois, certains jeunes doués, sans vivre de difficultés relationnelles, vivent un grand sentiment d’isolement. Brault-Labbé et ses collaborateurs (2017) présentent trois types de solitudes des enfants doués, tous possiblement dû à la différence des enfants doués intellectuellement sur certains aspects:

  • le manque d’appartenance,

  • le sentiment d’être incompris,

  • la solitude existentielle (le fait d’avoir des questions et enjeux existentiels plus intensément et plus précocement que les autres enfants, comme la mort, le sens de la vie, etc.).

Notons ici le lien avec la terminologie parfois utilisée « enfant précoce ». Le principal problème avec ces termes, à mon avis, est qu’ils sont réducteurs et ne font référence qu’à un seul aspect de la douance intellectuelle. De plus, que dire de ces « enfants précoces » une fois adultes ? La « précocité » n’est plus, mais la douance intellectuelle, elle, est toujours là (Siaud-Facchin, 2012).


Dyssynchronies

La définition du dictionnaire est la suivante : « défaut de synchronie avec sa classe d'âge, typique des enfants surdoués ou retardés ».


Lorsqu’on parle de dyssynchronie développementale au sujet des enfants doués, on parle donc du décalage entre différentes sphères du développement, soit le développement précoce dans une sphère et le développement dans la norme d’âge dans une autre. Ces dyssynchronies peuvent être sources de difficultés et même de souffrances pour les enfants doués et pour leurs parents.


Ce terme de dyssynchronie a été introduit pour la première fois en 1979 par Jean-Charles Terrassier, psychologue français. Comme rapporté par Bélanger (2019), Clobert et Gauvrit (2021) et d’autres, les dyssynchronies peuvent être internes ou sociales.


Les dyssynchronies internes sont des décalages entre les sphères de développement de l’enfant lui-même. Elles incluent le décalage entre l’avance intellectuelle et la maturité affective ou émotionnelle dans la norme d’âge et le développement psychomoteur relativement moins précoce. Les dyssynchronies sociales sont le décalage entre les besoins de l’enfant et les capacités de son environnement à y répondre adéquatement. Elles incluent le décalage entre le rythme de développement cognitif et le rythme imposé par les programmes scolaires et le décalage entre leurs centres d’intérêt et ceux de leurs pairs du même âge.


Pour en savoir plus sur la douance intellectuelle, voir mes autres articles à ce sujet.

Article précédent Article suivant


Références

Bélanger, M. (2018). Qu’est-ce que la douance et comment l’évalue-t-on? Dans CIDDT - Centre intégré du développement de la douance et du talent. Récupéré de https://ciddt.ca/ciddt-quest-ce-que-la-douance-et-comment-levalue-t-on/


Bélanger, M. (2019). La douance. Comprendre le haut potentiel intellectuel et créatif. Éditions Midi Trente.


Brault-Labbé, A., Lessard, I., & Longpré, P. (2017). « Pourquoi je me sens seul(e)? » : Le fréquent sentiment de solitude des enfants à haut potentiel intellectuel. Psychologie Québec, 34(3), 30-33.


Caron, M.J., Authier, É., Attié, M., Duval, J., Guay, M.C. (2021). 10 questions sur… La douance et la double exceptionnalité chez l’enfant et l’adolescent. Éditions Midi Trente.


Clobert, N et Gauvrit, N. Sous la direction de. (2021). Psychologie du haut potentiel. DeBoeck Supérieur.


Siaud-Facchin, J. (2012). L’enfant surdoué. L’aider à grandir, l’aider à réussir. Éditions Odile Jacob.


Mise à jour du 22 novembre 2022: Ajout de la table des matières cliquable et des liens Article précédent et Article suivant à la fin de l'article.