Une histoire de cerveau et de neurodiversité (3)

Note : Cet article est le troisième d’une série de 5 sur l’autisme


Dans cet article, il sera question de cerveau et de neurodiversité (dont le symbole est le signe de l'infini aux couleurs de l'arc-en-ciel, comme ci-dessous).

Source image Pixabay


Une histoire de cerveau

Diversité des fonctionnements cognitifs humains ou neurodiversité

Références


Une histoire de cerveau

Rappelons que l’autisme est classé dans le DSM-5 dans la grande catégorie des troubles neurodéveloppementaux. C’est donc bien une histoire de cerveau. Celui-ci ne se développe pas de la même façon chez les personnes autistes que chez la grande majorité des êtres humains (Poirier et Leroux-Boudreault, 2020). En fait, comme le disent si bien Harrisson et al. (2017) « la façon dont le cerveau est connecté (les particularités des connexions neuronales) a des répercussions sur le développement » (p. 27).


Les IRM ont permis de voir cette organisation cérébrale différente. Il y a en particulier une différence dans le nombre et dans l’organisation des neurones, ces différences sont prédéterminées avant la naissance. Chez les autistes, il y a jusqu’à 70 % plus de neurones dans certaines zones du cerveau. Ces condensations de neurones se trouvent principalement dans des zones particulièrement stratégiques pour les fonctions intellectuelles dites « supérieures », soit dans la matière grise qui se trouve vers l’avant du cerveau dans le cortex préfrontal. On note aussi des différences dans les lobes temporaux (Gillet et al., 2021). Dans ces régions, il y a plus de neurones et ainsi plus de connexions entre ces neurones. En contrepartie, il y a moins de neurones qui servent à échanger l’information à plus longue distance et à harmoniser le fonctionnement de différentes structures éloignées les unes des autres (Gourion et Leduc, 2018). Ainsi, le cerveau autistique est surconnecté dans certaines zones locales et sous-connecté dans des zones plus distantes. Ceci provoque des problèmes de synchronisation entre ces zones et c’est l’« équilibre » général du cerveau qui poserait problème (Harrisson et al., 2017).


Comme le souligne Gillet et al. (2021) ainsi qu’Harrisson et al. (2017), cette prédétermination due à l’organisation cérébrale différente est modulée par une propriété du cerveau exceptionnelle : sa plasticité. La plasticité est la capacité du cerveau à perdre ou créer de nouvelles connexions synaptiques (les synapses sont les points de contact entre deux neurones). L’enjeu du diagnostic précoce et donc de possibles interventions précoces est donc primordial, car la plasticité du cerveau est particulièrement forte dans la petite enfance (même si elle perdure toute la vie).


Ce fonctionnement cérébral différent explique des particularités autistiques, par exemple les hypersensibilités (ou hyperréactivités). Nous présenterons dans le 4e article sur les autismes des caractéristiques ou manifestations autistiques.


Diversité des fonctionnements cognitifs humains ou neurodiversité

Comme l’explique très bien des Rivières-Pigeon (2019), il y a débat quant aux termes à utiliser pour désigner l’autisme. Quand on y pense, les recherches et les avancées scientifiques sur cette condition sont, somme toute, assez récentes et il n’est pas rare de ne pas avoir de consensus auprès des chercheurs dans des domaines qui sont en pleine évolution. C’est le cas, par exemple, avec la douance intellectuelle (voir mes articles à ce sujet si cela vous intéresse ! Voici le premier, par exemple.). Alors que les familles, les personnes concernées et les groupes communautaires privilégient les termes « autisme » et « personne autiste », les professionnels de la santé utilisent plutôt l’expression « trouble du spectre de l’autisme » (ou TSA). Notons qu’Isabelle Hénault (2021) explique que le terme Aspie est majoritairement utilisé par les membres de la communauté Asperger et qu’il fait référence à une véritable culture aspie qui s’est développée au fil des dernières années. Elle propose le terme de condition plutôt que trouble : condition du spectre de l’autisme (CSA). Je trouve cette proposition très intéressante.


Comme nous l’avons vu dans l’article 1, de nombreux termes sont utilisés, le nom Asperger est rejeté par certains (étant donné la coopération de Franz Asperger avec le III3 Reich nazi), bref, ce n’est pas si simple. De plus, quand on lit ou entend « autisme », on peut parler d’un très large spectre, ce n’est donc pas toujours si évident de bien comprendre de quoi il est question lorsque ce n’est pas précisé. Le terme « officiel » TSA pour « trouble du spectre de l’autisme » dérange certaines personnes. Pourquoi ? Examinons ce terme de « trouble ». Depuis toujours (et encore maintenant pour certains), l’autisme est considéré comme une pathologie (Gourion et Leduc, 2018), un « trouble » qu’il faudrait « soigner » ou rectifier. Mais comme plusieurs le soulignent, autant des professionnels que des personnes concernées, l’autisme n’est pas un trouble, c’est plutôt quelque chose avec lequel on nait, une différence, entre autres neurologique, qui ne se soigne pas et qui a beaucoup de positif (comme par exemple, et très succinctement : excellente mémoire, fiables, appliqués, méticuleux, loyaux, honnêtes, pensée originale… — Young et Prud’Homme, 2010). L’autisme n’étant pas une « maladie », on ne peut pas en « guérir » (Bouchard, 2020).


Dans les années 1990, Judy Singer invente le terme neurodiversité. Calquée sur le concept de biodiversité, la neurodiversité englobe l’ensemble des fonctionnements cognitifs humains, indispensables à la survie et au développement de l’espèce. Les autismes sont ainsi des variants humains, présentant de grandes qualités que les non autistes n’ont pas. « Ni un plus ni un moins, simplement un autrement. » (Reynaud, 2017).


Pour en savoir plus sur l’autisme, voir mes autres articles à ce sujet.

Article précédent Article suivant (bientôt disponible)


Références

Bouchard, G. et K. (2020). L’autisme raconté aux enfants. Éditions de Mortagne.


des Rivières-Pigeon, C. (2019). Autisme. Ces réalités sociales dont il faut parler. Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.


Gillet, P., Guiet, A., & Bonnet-Brilhault, F. (2021). Trouble du spectre de l’autisme. Retz.


Gourion, D., & Leduc, S. (2018). Éloge des intelligences atypiques : Pas comme les autres, plus que les autres ! Odile Jacob.


Harrisson, B., St-Charles, L., & Thúy, K. (2017). L’autisme expliqué aux non-autistes. Éditions du Trécarré.


Hénault, I., & Martin, A. (2021). Le profil Asperger au féminin. Chenelière éducation.


Poirier, N., & Leroux-Boudreault, A. (2020). 10 questions sur… Le trouble du spectre de l’autisme chez l’enfant et l’adolescent. Midi trente éditions.


Reynaud, A. (2017). Asperger et fière de l’être. Voyage au cœur d’un autisme pas comme les autres. Eyrolles.


Young, R., & Prud’Homme, M.-H. (2010). Le syndrome d’Asperger. Chenelière éducation.